EXPLOS Exploration News

Grotte du Chamois
Source du Coulomp, massif du Grand Coyer
- Alpes-de-Haute-Provence -



> Organisation des explos : CRESPE, coordination : Philippe Audra & Jean-Claude d'Antoni-Nobécourt.


> Localisation :
Carte Source du CoulompEnserré entre les vallées du Haut-Var et du Haut-Verdon, individualisé au nord par les vallées affluentes du Mounar et de la Lance, au sud par les vallées du Coulomp et de la Vaïre, le massif du Grand Coyer dessine un vaste losange d’environ 300 km² connecté au Parc national du Mercantour par le col des Champs. Aucune route ne pénètre ce vaste ensemble, et l’occupation anthropique, concentrée dans quelques villages périphériques, y est totalement inexistante. Entre ses piémonts qui s’échelonnent de 600 à 1200 m d’altitude et ses sommets qui culminent à près de 2800 m s’étend un domaine sauvage où prospèrent chamois, mouflons, bouquetins des Alpes, et récemment réinvesti par le loup.

Au cœur de cet espace abandonné à la nature naît à 1300 m d’altitude un torrent alpestre, le Coulomp ; sa source, d’un débit de l’ordre du mètre cube par seconde, jaillit impétueusement au sommet d’une spectaculaire cascade de 70 mètres. Pour l’atteindre, on peut cheminer dans le vallon du torrent qu’il faut traverser à gué plusieurs fois, ce qui est rafraîchissant à l’étiage mais exclu en hautes eaux, ou bien emprunter un cheminement peu visible dans les barres dominant la vallée, ce qui implique de franchir quelques vires marneuses très exposées. Si l’on ne se perd pas dans les barres, il faudra à partir du terminus carrossable près de trois heures de marche pour rejoindre la source... Sauf naturellement s’il y a trop de neige, auquel cas l’approche est impraticable.

> Contexte :
Le contexte lithologique se compose de marno-calcaires et de calcaires crétacés, dans lesquels seules quelques rares cavités de faible développement sont connues dans les environs ; dans l’ensemble, il faut donc au spéléo qui parvient au porche de la grotte des Chamois, qui s’ouvre 65 m en contre-haut de la source, une sacrée motivation... L’évidence que cette cavité est un niveau fossile de la puissante source du Coulomp en est une, suffisante pour y avoir drainé quelques acharnés depuis les débuts de la spéléologie, entre autres É.-A. Martel en 1909 et 1911, puis quelques spéléos des Alpes-Maritimes dans les années 60 ; mais les premières explorations tournent court, car un siphon barre la galerie dès les premières dizaines de mètres.

Ce premier siphon sera vidangé par siphonage et franchi, ainsi que le second qui lui succède immédiatement ; mais il faudra attendre le développement de la plongée souterraine pour que soit vaincu le troisième siphon, qui termine une galerie confinée post-S2 d’une centaine de mètres : en 1982, Christophe Peyre  franchit le S3, parcourt environ 75 m, puis s’arrête sur laminoir et escalade argileuse, portant le développement total à près de 300 m. Jusqu’en 2007, personne ne fera évoluer la topo de Christophe Peyre.

> Les premiers pas :
Galerie du Loir
En juillet 2007, Philippe Audra et Jean-Claude d’Antoni-Nobécourt (« nous » pour la suite) décident d’aller jeter un coup d’œil à cette grotte. Le porche, de trois mètres de diamètre, fait rêver d’un réseau à la mesure de la spectaculaire source du Coulomp qui jadis creusa la cavité, mais le premier siphon, quoique inactif, est amorcé et infranchissable ; deux autres cavités mineures s’ouvrant à proximité donnent un moment l’espoir de shunter le S1, mais sont sans suite. Après réflexion, le premier siphon semble pouvoir se vidanger par gravité : les deux compères décident de s’engager dans ce projet… Quelques sorties pour débroussailler et baliser un minimum le cheminement dans les barres, quelques portages pour acheminer sur site 50 m de gaines TPC, quelques bricolages pour amorcer commodément le siphonage, et le 4 août 2007 la revanche est suffisante pour franchir le siphon (S1), en immersion quasi-totale mais sans apnée et sans bouteilles. Un ressaut, et dix mètres plus loin, le second siphon (S2), amorcé, s’interpose.

> Vidange des siphons :

Malgré le rajout de 25 m de gaine TPC, les tentatives suivantes pour vidanger S2 par siphonage gravitaire échouent car la gaine, trop fragile, se perce rapidement lorsqu’elle frotte sur le rocher ; il faut donc recourir à d’autres matériaux et essayer d’autres techniques. Les 6 et 7 octobre 2007, nous montons avec 75 m de tube polyéthylène d’irrigation et une pompe à moteur deux-temps pour l’amorçage ; Laurent Masselin et Alexandre Pougeoise, deux collègues plongeurs, nous accompagnent avec blocs et combis. Philippe Mauzet est également de la partie et porte sa quote-charge… Nous vidangeons le S2, les plongeurs portent les blocs dans les 150 m de conduits malaisés menant au puits de 7 m qui domine le troisième siphon, et franchissent le S3. Au terminus Peyre, ils sortent le pas d’escalade, poursuivent sur près de 100 m dans un conduit toujours aussi inconfortable, puis, au sommet d’une escalade de 6 m (escalade de la Gravité), ils prennent pied dans une galerie de plusieurs mètres de diamètre ; vers l’aval, ils débouchent dans une salle de 20 x 30 m, puis butent sur une trémie, et vers l’amont ils s’arrêtent sur un puits estimé à 15 m. 400 m de première avec arrêt sur puits qui nous confirment qu’un grand réseau inexploré existe effectivement derrière ces siphons malaisés… La vidange du S3 s’impose pour permettre aux spéléos non-plongeurs d’accéder à ces vastes galeries.

La vidange du S3 est physiquement impossible par la méthode gravitaire ; le soutien providentiel de Francis Schira, spéléo bien connu dans les Alpes-Maritimes pour son savoir-faire dans les pompages, et de Michel Cozzi, entrepreneur de travaux publics dans les Alpes de Haute-Provence, nous permettent le 5 novembre 2007 d’acheminer au pied du porche, par hélicoptère, un groupe électrogène, de l’essence, 300 m de ligne électrique, 300 m de tube polyéthylène et une pompe immergée. Le 10 novembre, un collectif inter-clubs met en place le dispositif jusqu’au S3, et le 11 au matin le S3 est désamorcé : 400 m de topo sont levés dans la journée. Une semaine plus tard, de violentes pluies d’automne s’abattent sur le massif, et lorsque nous revenons dans la grotte, les siphons sont pleins à ras bord… Dès lors, tels les Shadoks, nous allons pomper, puis pomper, puis encore re-pomper obstinément !

Depuis novembre 2007, les explorations sont donc rythmées par les aléas météorologiques, les siphons se remplissant à chaque pluie importante, et les spéléos pompant à chaque week-end suffisamment clément… Il faut près de 36 h pour vider les 3 siphons, chaque incursion en post-S3 exige de bivouaquer sur place plusieurs jours. Malgré ces difficultés, durant l’hiver et le printemps 2008, le développement passe de 700 à 1700 m, dans des conduits de trois à huit mètres de diamètre, équipés et topographiés au fur et à mesure ; non sans mal, puisque le 16 mars 2008 il faudra déclencher un secours et brancarder Philippe Audra victime d’une double fracture du bassin suite à une chute de bloc dans une désescalade.

> Enfin du gros ! :
Le 28 septembre 2008, une sortie historique permet d’accéder, au bas d’un P16, au colossal réseau des Hormones : en une seule séance, plus de 1300 m de première sont parcourus dans une galerie énorme dont les voûtes culminent souvent à plus de 30 m… En novembre 2008, un mètre de neige tombe sur le massif et stoppe les explorations, qui sont arrêtées dans la galerie des Hormones, à l’aval comme à l’amont, sur de petites verticales à équiper…

À la fin de l’année 2008, le développement dépasse les trois kilomètres, mais, malgré l’isolement et les difficultés d’accès, les perspectives sont telles que Philippe et Jean-Claude ne sont pas prêts de jeter l’éponge…
L’histoire ne fait que commencer !

> TOPOGRAPHIE PLAN <

> TOPOGRAPHIE COUPE <

> COUPE SIMPLIFIEE <



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