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Pour nous tous, la spéléologie ce sont les bons moments
passés entre amis dans une belle classique, Par
Philippe BENCE & Fabien DARNE --------------------------------------------------------------------------------
> Fabien - Le stage commence dès le lundi et se déroule
dans une cavité à proximité immédiate
du camp : Pestera Caput, une magnifique perte heureusement à
sec ! Une entrée horizontale mène après un puits
de dix mètres à une superbe verticale de 25 mètres
en toboggan, sorte d'énorme marmite perforée. À
sa base, une galerie sablonneuse se termine rapidement sur un siphon.
Au sommet du P10 partent également deux cheminées d'une
dizaine de mètres qui débouchent sur le plateau.
> Philippe - Mardi, nous retournons à Caput. Il pleut
depuis plusieurs jours, mais cela ne semble pas affecter le niveau
des rivières ni le moral des spéléos roumains
présents sur les stages !
> Fabien - Les cordes sont en place et nous pouvons entrer en contact avec
une des équipes qui commence à remonter. On entend d'en
haut le bruit assourdissant de la rivière
Didier Cailhol,
cadre français invité sur les stages TSA, remonte du
fond Nous nous organisons : Didier s'improvise Conseiller Technique, un PC sommaire est mis en place, des équipes sont constituées, le matériel est regroupé. Philippe rentre sous terre à la suite de Calin Voda, directeur de l'École Spéléo Roumaine. De mon côté, je forme une petite équipe avec matériel et perforatrice pour les rejoindre rapidement. > Philippe - Le spectacle hallucinant de toute cette eau en furie nous laisse peu d'espoir pour les spéléos bloqués sous le P25, surtout pour Simina, coincée sur la corde. Calin commence à installer une main courante sur un équipement aérien en place pour rejoindre le P25. L'ambiance sous terre est dantesque, le bruit est assourdissant, fracassant, où que l'on soit, on est en permanence fouetté par les embruns des cascades. Arrivés à l'aplomb du P25, nous entendons les hurlements déchirants de Simina malgré la cascade. Elle est vivante ! Elle a vu nos lumières et ses cris terribles redoublent d'intensité. Il faut faire vite pour la sortir de là, pas trop vite pour ne pas faire n'importe quoi. Il faut surtout garder la tête froide Calin descend à son niveau, il est trop loin et ne peut la rejoindre. Il remonte équiper plus loin sur la main courante et redescend. Il nous demande par signes d'éteindre nos lumières Nous ne comprenons pas pourquoi, mais le faisons puisqu'il le demande. De longues minutes plus tard, je le vois remonter avec Simina inanimée en bout de longe. Il fait 2 mètres à peine et s'arrête. Il fait maintenant de grands gestes que j'ai du mal à comprendre tout de suite. Je m'aperçois enfin que Calin est complètement bloqué par le matériel de Simina emmêlé avec la corde de dessous, il ne peut rien faire pour avancer. Je le rejoint en installant une seconde corde à proximité et coupe tout ce qui gêne. Nous pouvons alors remonter vers la main courante. Simina ne va pas bien du tout, elle n'est plus qu'un pantin désarticulé, les yeux révulsés et la bouche pleine de bave. Une vision difficilement supportable. Il faut maintenant faire très vite pour qu'elle garde des chances de s'en sortir vivante. > Fabien - Descendu avec Tudor et Vadim, peu après Calin et Philippe, je découvre un spectacle incroyable. L'équipement normal de progression est sous l'eau et le P25 est noyé sur la moitié de sa hauteur ! Les regards interrogateurs que nous nous lançons en disent long sur nos espoirs de retrouver tout le monde vivant Nous apercevons des lumières à travers les embruns, l'équipe est dans la niche à mi-puits que l'eau n'a pas encore atteinte. Calin est parti dans la cascade. Nous le distinguons vaguement, bataillant dans les embruns. Nous ne savons pas trop quoi faire, d'autant plus qu'il nous a demandé d'éteindre nos lumières Finalement, Philippe le rejoint et disparaît à son tour. Au bout d'une éternité, je les vois de nouveau, aux prises avec un corps sans vie. Tudor me presse de questions, je lui fais comprendre que ce que nous craignions semble être arrivé tout en lui demandant de ne rien dire aux autres pour l'instant. > Philippe - Je fais passer le corps inanimé de Simina sur la main courante installée plein vide jusqu'au balancier mis en place par Fabien afin de la remonter jusqu'a la vire. Calin est moralement et physiquement épuisé, il décide de remonter avec l'équipe qui évacue Simina jusqu'à la sortie. Je récupère corde, pochette à spits et amarrages et pars poursuivre l'équipement afin de rejoindre l'équipe qui est toujours bloquée plus bas, il faut aller vite, le niveau monte... > Fabien - Lorsque Simina arrive à ma hauteur, je n'arrive pas à croire qu'elle est encore vivante. Elle a de temps en temps quelques soubresauts où ses mains agrippent notre matériel compliquant encore les manuvres. C'est terrible, elle ne peut rester droite et c'est tête en bas que nous la remontons tant bien que mal sur cet équipement aérien. L'évacuation me semble interminable, tout le monde crie et il est bien difficile de faire entendre quelques consignes précises. J'ai vraiment l'impression que Simina va nous claquer entre les doigts Une fois sortie, nous l'installons rapidement dans la civière pour la ramener au camp et l'emmener de toute urgence vers l'hôpital le plus proche (1 h 30 de route !). Nos préoccupations se tournent maintenant vers les spéléos coincés dans le P25. Je donne quelques consignes rapides en surface, demande du renfort et du matériel au PC par radio et redescend. Nous installons une tyrolienne au-dessus de l'eau pour éviter de faire passer tout le monde sur l'équipement hors crue, trop technique pour des débutants. Alors que je demande à Dani d'aller épauler Philippe, les premières lumières des rescapés apparaissent.
> Philippe - Pendant que Simina est évacuée, je
continue à équiper le plus " hors crue " possible.
Arrivé en bout de l'équipement existant, je vois de
la lumière plus bas, derrière la cascade ! Je descends enfin jusqu'à leur niveau. Ils sont là,
dans la niche à mi-puits, à quelques mètres à
peine de l'eau qui monte. Nous sommes passés très près d'une catastrophe qui aurait pu coûter la vie à beaucoup de monde. Le même jour, dans d'autres cavités, d'autres équipes ont eu la chance d'être sorties des zones dangereuses avant l'arrivée de la crue. Par un hasard incroyable, Simina était sur le seul fractionnement de l'équipement qui n'était pas entièrement sous l'eau. Elle était juste à quelques centimètres de la cascade, dans les embruns et le souffle, elle recevait en permanence des paquets d'eau froide. Autre chance, grâce à la formation reçue pendant le stage, elle savait qu'elle devait se forcer à bouger, à se parler à haute voix pour maintenir sa conscience en alerte, à tenir la corde au-dessus d'elle pour ne pas que les troncs plongeant dans le puits ne l'entraînent elle faisait également très attention de ne pas perdre ses bottes pour pouvoir rester en appui sur la paroi. Simina est restée plus de 3 heures dans cet enfer ! A sa sortie, auscultée par les deux médecins présents sur le camp, il a été impossible de lui trouver un pouls Mise dans un duvet et amenée totalement inconsciente à l'hôpital le plus proche, elle était de retour au camp le lendemain soir en pleine forme, incroyable ! Le coté positif de cette mésaventure est la prise de
conscience par les spéléos roumains de l'importance
de s'organiser sur le plan des secours. Les dernières nouvelles
de Simina sont bonnes, elle est à Bucarest et après
un moment difficile, elle a refait de belles sorties spéléologiques. |
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