Canyon au Népal
Expédition parrainée par la Fédération
Française de Spéléologie
(C.R.E.I) et par le Comité
Spéléologique Régional Midi-Pyrénées
17
février 2004, 7 heure du matin, 1500 mètres d’altitude, le jour se lève sur
la petite vallée de Tal. Les habitants de ce village, sont principalement
des descendants ou exilés tibétain, et ils s’affairent depuis déjà un bon
moment…
La clochette d’un moine tibétain
carillonne dans la cour du lodge (gîte) où nous avons passé la nuit. C’est jour
de fête aujourd’hui. Chaque année, pendant 10 jours, les moines passent dans
chaque habitation afin d’enlever tous les drapeaux à prière et de bénir ceux
qui seront dressés pour l’année à venir…
Cette agitation matinale nous tire
d’un profond sommeil réparateur ; nous descendons en terrasse pour
déjeuner face à la seconde attraction du jour : une superbe cascade de 140
mètres fractionnée à mi-hauteur, c’est l’obstacle terminal de Tal Khola !
…
Notre hôte nous invite alors à goûter le
« Chang » traditionnellement servi, plusieurs fois par matinée, en
ces jours de fête : bière de millet, tiède, brassée à la main, couverte en
surface d’une délicate mousse de beurre
rance de yak, agrémentée de fromage sec du même animal et de grains de riz
soufflés (le tout avoisinant les 12 % Alc.Vol. !). Après deux grands bols
(tradition oblige !), il est tant de prendre le chemin du canyon tant
convoité…
L’approche consiste tout d’abord à
slalomer en courant entre deux averses de billots de bois (hic !). Les
bûcherons de Tal ont en effet une curieuse méthode pour acheminer les troncs
débités en montagne jusqu’au village mais oh combien rapide et efficace:
ils balancent les billots depuis le haut de la falaise (env.300 m !)
directement sur le vaste terrain bordant le village, la découpe en bûche
s’effectue lors de l’impact, il ne reste plus qu’à les empiler !!
400 mètres de dénivelé plus haut, le paysage de haute
altitude apparaît enfin, avec vue sur le massif du Manaslu (8100 m) et les
sommets cernant Dharapani… Nous entrons dans une forêt luxuriante et sommes
accueillis par de grands singes se jetant d’arbre en arbre à notre passage.
A 2000 mètres d’altitude, le chemin
des bûcherons recoupe le rivière, et c’est face à un magnifique soleil que
nous nous équipons…
Kabindra, notre équipier népalais,
empoigne le « perfo » après de brèves explications ; il attaque
la descente par une cascade de 30 m jusqu’à un palier d’où nous sauterons dans
une belle marmite. Premier saut de six mètres pour Kabindra qui ne flotte que
grâce à sa combinaison et à son « kit » !
Ce canyon est le plus ludique et le plus varié que nous
ouvrirons : sauts et toboggan de 12 mètres, cascades en goulottes et
surprises diverses agrémentent le début de la course.
Mauricio, équipe rapidement toute cette partie puis nous
nous enfonçons dans la gorge cernée par une abondante végétation… C’est maintenant
à mon tour de percer et d’ouvrir. La section suivante est très exotique :
nous chevauchons une grande cascade d’une cinquantaine de mètres et enchaînons
par de belles chutes en goulotte ;
puis soudain, au détour de quelques ressauts, la surprise de notre séjour
s’offre à nous : « l’arrosoir » !
Cet obstacle se présente comme un
toboggan de vingt mètres dans lequel l’eau a sur-creusé une petite et étroite
rigole qui se vrille subitement. L’eau jaillit alors en un parfait rideau tel
un tuyau d’arrosage pincé. Je descends, passe à travers et me trouve, juste
derrière, dans une bulle liquide de trois mètres de diamètre et parfaitement au
sec ! Pour couronner le tout, la cascade continue sur encore vingt mètres…
Tout simplement superbe…
Nous sommes alors à mi-parcours, ce
canyon étant le plus haut en altitude que nous explorerons (bassin versant
situé à 4500 m d’altitude !), c’est aussi le plus froid (T° de
l’eau : 9°C). Une soupe chaude s’impose et Lionel prend la suite de
l’équipement… Il ouvre plusieurs petites cascades en goulottes et une autre
belle chute de cinquante mètres, parfaitement lisse et verticale. Nous glissons
pieds contre paroi (et sur corde !) d’un seul jet jusqu’à la grande
marmite de réception. Nous arrivons ensuite à une goulotte de vingt mètres
encombrée de deux troncs dénudés, mesurant vingt mètres eux aussi et d’au moins
quatre vingt centimètres de diamètre ; témoins des énormes crues déferlant
lors de la période de fonte ( fin du printemps, début de la mousson).
Nous franchissons quelques
ressauts, une dernière cascade en « seringue » et nous arrivons enfin
sur le seuil de l’obstacle terminal : une méga-chute de cent quarante mètres,
fractionnée par un palier à mi-hauteur et s’écrasant dans le champs à une
centaine de mètres du lodge et du village ! Cette cascade magnifique offre
une vue imprenable sur Tal et, de ce fait, la moitié des villageois nous
accueille, à son pied, souriants, curieux et interrogateurs…
Quelques minutes plus tard, après
ces cinq heures de descente, au sec et devant un bol de « Chang », le
bilan de la journée est unanime : ce canyon est vraiment grandiose et
incontournable, c’est l’un des joyaux de l’Annapurna Himal. Sa variété et son
accessibilité font de Tal Khola une des courses les plus intéressantes du
secteur du haut Marsyangdi…
Rod Sturm – « Canyon au Népal
2004 »