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RECIT DE L'OUVERTURE -
19-20 mai
2007
Cirque de Salazie
Ile de la Réunion
5 h du matin
au pont de l'escalier, tout le monde est à l'heure.
L'équipe embarque dans le camion de navette pour le parking
du Bras des Lianes.
40 mn plus tard, c'est sous la pluie et aux phares du camion que l'on
répartit le matos collectif (500m de cordes, bouffe, deux perfos,
5 accus, 90 clous etc..). Au final nos sacs font de 30 a 35 kg chacun,
un huitième équipier aurait été le bienvenu
.
Top départ à 6h30 toujours sous la pluie.
La partie GR vite avalée, nous attaquons la partie braco. Au
bout de 2H30 de marche, nous voila au col du Pic des Lianes avec en
vue l'objectif à atteindre. Pour avoir fait la reco l'an dernier,
nous savons que la nature ne se laissera pas avoir aussi facilement,
et croisera ses racines et branches sur notre chemin.
La bascule du col vers le lit de Ravine Blanche s'enchaine assez vite,
parfois même plus vite que prévu, en toboggan dans la
boue !!
Nous attaquons à présent le plateau tant redouté.
Effectivement, les 400 derniers mètres dans une petite ravine
relève plus de la spéléo que de la rando : slalom
entre les branches, ramping sous les racines et toujours ce satané
sac qui s'accroche partout !! Marc et Nico s'enfonçent jusqu'au
menton dans de petits bassins insignifiants et bataillent pour sortir
leurs sacs sous le regard moqueur d'Arnaud, mais pour lui aussi le
tour viendra !
Cela fait maintenant 5H30 que l'on progresse péniblement, Mric
s'échappe du peloton sentant la fin de la marche. On dépasse
un camp braco repéré par hélico et nous voila
rassuré, c'est la bonne ravine !!!
A notre arrivée après 6h de progression, Mric nous attend
suspendu a un arbre (qui deviendra le R1), le visage fendu d'un sourire
" tranche papaye ", activité anormale le matin pour
lui, et hurle a notre arrivée : " c'est la bonne, je vois
le trou !! " J'en suis ému.
Depuis
un an, avec Mric, date a laquelle nous avions annulé cette
ouverture pour cause météo, nous épluchons cartes,
photos et infos ; Et nous voila enfin au départ de ce gros
parcours qui nous a tant fait rêver. Jamais nous n'avons douté
de l'intérêt de ce canyon et la découverte soudaine
du cassé nous rend euphoriques.
A
présent, voila comment nous comptons procéder :
Franchissement du cassé d'entrée et de la goulotte suivante
puis poser notre bivouac. Pendant ce temps, Mric équipe les
deux lignes suivantes pour le lendemain.
Apres
un court repas et deux crampes, on s'équipe, enkitons les cordes
et tirons le premier rappel.
On prend pied 30 m plus bas sur une grosse terrasse. Nous voila rassurés
car en disséquant les photos aériennes de repérages,
nous avions estimé ce rappel à 50 m. La suite pourra
donc s'enchainer plus rapidement, sans attendre les cordes que je
dois alimenter en permanence en pointe.
Deux purges plus tard, Mric pose son sac au pied premier du cassé,
le reste de l'équipe suit tranquillement, Maxime se faufile
a droite et a gauche avec sa camera, Eric déséquipe,
ce qui sera son rôle durant cette ouverture.
Pour
avoir ouvert et rééquipés quelques gros canyons
ensemble, nous croyons avoir trouvé un fonctionnement idéal
: Mric en pointe, moi faisant l'interface avec le reste de l'équipe,
Eric au déséquipement (rôle souvent ingrat et
malgré tout primordial), les équipiers alimentant en
cordes, clous et portages. Ce fonctionnement fluide s'est révélé
payant sur d'autres grosses expés.
La
goulotte de 52 m aussitôt franchie, nous voila sur la zone de
bivouac qui est en fait un étroit balcon " arboré
", avec une vue imprenable sur le Piton des Neiges et un petit
bout de Mafate. Chacun s'affaire à installer le camp, hamac
exigés ! Pendant ce temps, Mric fait ronfler le perfo au R6
et R7 avec Maxime à la camera.
A
présent, ce que nous redoutions, sans en parler, arrive : la
pluie arrive en force et tombe sans discontinuer et ceci jusqu'au
lendemain 7h. Cependant, le mauvais temps ne perturbera pas le menu
du soir : apéro, purée-jambon, vin, compote et au lit.
Eric est chargé de la vaisselle, et trouve une lumineuse idée
de caler popote et bols sur les côtés du bassin. Les
" petits mouvements d'eaux " feront le reste...
Tout le monde rentre dans son hamac sauf Marc, calé derrière
un bloc au bord du bassin. 3h30 du matin, je sens mes pieds mouillés
dans le duvet, je gigote, mon voisin de chambre se réveille
et m'annonce : " c'est gros !! ".
Plus possible de fermer l'il pour le reste de la nuit pensant
que le lendemain, il nous reste 500m a descendre avec surtout ce verrou
que constitue l'entrée dans l'étroiture tant fantasmé
et avec un débit pas prévu au programme.
Au petit matin l'équipe se réveille péniblement,
Nico cherche la popote et les bols pour le café. On apprend
que dans la nuit, Mric est sorti de son duvet pour ramasser les affaires
qui trainaient au bord du bassin, ce qui a évité à
Maxime de descendre le reste du canyon en slip ou caleçon !!
Et bien sur la vaisselle a disparue dans la bagarre, il nous reste
juste une petite popote de secours...
Un
café plus tard, tout le monde y va de ses propositions : attendre
la décrue au bivouac, commencer à descendre jusqu'a
l'entrée de l'étroiture et shunter par les arbres jusqu'en
bas. Cette dernière option ne séduit personne car étant
si prés du but, shunter le principal intérêt de
la course nous rendrais vaincus.
Finalement, la décision est prise, on lève le camp,
on avance jusqu'à l'entrée du trou et advienne que pourra.
Le premier rappel partant du bivouac est ambiance ! très gros
débit. Notre aisance et mobilité est fortement amputée
par les kilos transportés mais nous avons heureusement toujours
réussis à rester sur nos pieds.
203 m plus bas, toute l'équipe se retrouve au départ
de la magnifique goulotte d'entrée de 88 m. Soudain, nous nous
apercevons que la malédiction de la nuit s'est transformée
en bénédiction pour la suite du canyon : la décrue
s'amorce et le niveau d'eau devient idéal !!
Aussi, la roche devient plus saine dans l'encaissement avec la présence
de dykes (pour planter) et c'est tant mieux, les lignes seront choisies
et équipées au plus près de l'actif, que du bonheur.
La
grande goulotte de départ, donne le ton de ce qui vas suivre
: petite main courante d'approche et descente dans l'eau avec le confort
d'arriver dans les vasques et de les traverser rapidement selon l'aisance
de chacun lors du "bond final".
Et la, commence l'enfilade ininterrompue. A chaque réception
de rappel, Mric me fait des grand gestes en V traduisant l'encaissement
suivant, et moi les répétant aux autres de l'équipe,
c'est l'euphorie !!
A chaque réception de bassines, je lis les sourires de chaque
équipiers exprimant le pur bonheur de vivre ces instants privilégiés.
Je regrette à présent mon bidon photo, zappé
le matin, lors du partage du matos collectif pour cause de surcharge.
Ma place est certainement la meilleure pour shooter la pointe et le
peloton serré qui me rejoint.
Durant
la progression, la question qui revient souvent est : voit-on l'arrivée
? La morphologie du défilé nous défend de voir
plus loin que le rappel suivant, car l'eau rebondis a droite ou à
gauche selon le chemin qu'elle s'est taillée dans le basalte
et le conglomérat.
Les paris vont bon train pour savoir dans combien de ressauts nous
seront arrivés.
Pendant ce temps, Maxime avale les images vidéo, Arno aide
Eric au déséquipement, Marc et Nico alimentent les cordes
et Mric pousse sur le perfo. Même pas mal, depuis son expérience
de l'équipement de ravine Mazerin nous avons prévu pour
cette fois, 6 forets et embarqués deux perfos.
La routine s'installe presque dans notre progression tant les enchainements
suivent et voici que l'on découvre l'arrivée en contrebas
du " Bras de caverne ". Il reste quand même 60 m à
équiper en 3 longueurs mais boostés par le défi,
nous prendrons pieds tous ensembles vers 17 h.
A notre grande surprise, l'avant dernier bassin est équipé
: un gros tronc d'arbre barre l'étroite sortie du bassin avec
des câbles électriques attachés en son milieu
pour éventuellement monter ou descendre l'avant dernière
cascade surplombante !, comment ont-ils faits ? Les Bracos nous étonnerons
toujours.
Il
reste juste a faire la jonction avec le bras de caverne, presque le
plus compliqué du canyon de part sa présentation basse
et glissante, ce serais dommage de se faire mal à 10 m de la
victoire !!
Une rapide traversée des eaux claires du bras de caverne et
nous voila arrivé, chacun assis sur un gros galet à
contempler le final de l'étroiture. Nous décidons d'enchainer
au plus vite la marche de retour pour rejoindre le pont de l'escalier
et trinquer à notre course. Petit passage incontournable devant
la mythique Ravine Blanche avec séance photos
40 mn plus tard, nous déposons les sacs au pont de l'escalier.
Arno se dépêche d'aller chercher 7 cols blancs (1664
KRO) pour fêter notre parcours.
Je lis dans les visages fatigués de chacun, l'expression unanime
de satisfaction et de jouissance.
Une fois le matos partagés et rangés, on se répartit
dans les bagnoles direction la case, avec évidement comme conversation
à bord, le film de ces deux jours fabuleux.
Ce
nouveau parcours d'envergure devra ravir les pratiquants qui oseront
se frotter à la marche d'approche sélective mais largement
récompensée par la descente et le mémorable bivouac
visuel et aérien.
Le parcours est moins technique que Ravine Blanche mais néanmoins
exigeant comme beaucoup de canyons réunionnais.
Toute l'équipe pense que ce canyon fera parti du top 10 des
géants réunionnais, la répétition par
d'autres équipes ajustera notre objectivité.
Auteur:
Belaïde Seghouane
relecture : Phil Bence
L'équipe
des " Proctologues " ! :

Nicolas SIBUET - Maxime GANHAL - Marc SARRAZIN - Arnaud
TRANCHANT
Eric POULLAIN - Emeric BEAUCHERON - Belaïde SEGHOUANE
Médiatisation
:
-
Couverture et article double page dans le quotidien du 23 mai 2007.
- Infos télévisées le 22 mai 2007 sur "
Antenne Réunion " et RFO réunion.
- Diffusion nationale sur France 3 le 23 mai 2007
- Article dans le N° 59 de SPELEO Magazine
.
Remerciements
:
-
les habitants du " Pont de l'Escalier " pour leurs parkings.
- Denis pour les accus-perfo.
- Ric à Ric pour les perfos et clous.
- Maxime pour les images.
- Nico, Marc, Eric, Max, Mric et Arno pour leurs efficacités.
- Didier pour la navette " grand matin "
- Les bracos pour l'accès.
- La météo pour : la vaisselle, l'angoisse nocturne
et la crue bienfaitrice !